La relation entre la fonte des glaces et l'élévation du niveau des mers n'est pas aussi simple qu'il y paraît. Denis Mercier a d'emblée tenu à dissiper un malentendu répandu : tous les glaciers ne contribuent pas de la même façon à la montée des eaux, et certains, paradoxalement, n'y contribuent pas du tout. C'est le cas des glaces flottantes de l'Arctique — banquise et plateforme glaciaire — dont la fonte ne modifie pas le niveau moyen des océans, à la manière d'un glaçon qui fond dans un verre sans faire déborder l'eau.
En revanche, les glaciers continentaux — inlandsis groenlandais et antarctique, mais aussi les milliers de glaciers alpins, andins, himalayens et arctiques — représentent une masse d'eau douce considérable stockée sur les continents. Lorsqu'elle rejoint l'océan, cette eau s'y ajoute et contribue directement à l'élévation du niveau marin. À ce premier mécanisme s'ajoute la dilatation thermique de l'eau de mer elle-même : les océans se réchauffent, et l'eau chaude occupe un volume plus grand que l'eau froide.
La diversité des glaciers dans le monde
La cryosphère terrestre est d'une diversité remarquable. On distingue principalement les inlandsis, ces immenses calottes glaciaires qui recouvrent le Groenland (1,7 million de km²) et l'Antarctique (14 millions de km²), et les glaciers de montagne ou de vallée, beaucoup plus petits mais présents sur tous les continents, y compris l'Afrique (mont Kilimandjaro, Rwenzori) et l'Indonésie. Denis Mercier a insisté sur le fait que les glaciers de montagne, bien que ne représentant qu'une fraction minime du volume total des glaces terrestres, constituent la principale source de contribution à l'élévation du niveau marin à court et moyen terme.
Car les inlandsis, dont le volume est colossal, réagissent lentement aux variations climatiques. Leur temps de réponse se mesure en siècles, voire en millénaires. Les glaciers alpins, en revanche, ont déjà perdu la moitié de leur volume depuis 1900, et les projections indiquent qu'ils pourraient disparaître à 80% d'ici la fin du siècle si les émissions de gaz à effet de serre ne sont pas drastiquement réduites. Ce recul spectaculaire est visible à l'œil nu : en Suisse, les glaciers ont reculé en moyenne de plusieurs dizaines de mètres par an au cours des deux dernières décennies.
La fonte des glaciers n'affectera pas tous les littoraux de la même façon. La géographie physique nous impose une lecture différenciée des risques, qui dépend autant de la topographie locale que de la dynamique des masses d'eau océaniques.
— Denis Mercier, professeur à Sorbonne Université
Des littoraux inégalement menacés
L'une des idées les plus contre-intuitives de la soirée a été la présentation du concept de « sea-level fingerprint » — ou empreinte de montée des eaux. Lorsqu'un grand glacier fond, il ne provoque pas une élévation uniforme du niveau marin à l'échelle planétaire. En raison de la gravité, la perte de masse du glacier réduit localement l'attraction gravitationnelle exercée sur l'océan : paradoxalement, les côtes proches du glacier peuvent voir le niveau de la mer baisser légèrement, tandis que les côtes les plus éloignées subissent une hausse amplifiée.
Ainsi, si le Groenland poursuit sa déglaciation, ce sont les côtes de l'Atlantique tropical, d'Amérique du Nord et d'Europe du Sud qui seront proportionnellement les plus touchées, et non les côtes scandinaves et canadiennes situées à proximité de l'inlandsis. Cette asymétrie géographique a des implications majeures pour l'aménagement du territoire et les politiques d'adaptation.
L'intervenant a conclu sa présentation en évoquant les populations les plus directement menacées. Les petits États insulaires du Pacifique — Tuvalu, Kiribati, les Maldives — sont souvent cités en exemple, et à juste titre : leur altitude maximale dépasse rarement quelques mètres au-dessus du niveau de la mer. Mais Denis Mercier a rappelé que certaines des plus grandes métropoles mondiales sont elles aussi exposées : Dacca, Shanghaï, Miami, Jakarta — qui a d'ailleurs engagé un déplacement partiel de ses fonctions administratives vers Nusantara — ou encore une partie du delta du Nil. Ce sont des centaines de millions de personnes qui vivent dans des zones côtières menacées.
| Région côtière | Élévation prévue à 2100 | Population exposée (millions) |
|---|---|---|
| Asie du Sud-Est (deltas) | + 40 à 60 cm | ~180 |
| Golfe du Bengale | + 35 à 55 cm | ~130 |
| Côtes atlantiques USA | + 50 à 80 cm | ~40 |
| Europe du Nord-Ouest | + 30 à 50 cm | ~25 |
| Petits États insulaires (Pacifique) | + 40 à 70 cm | ~3,5 |
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